PSC-CC
La Plateforme de la Société Civile sur le Changement Climatique

A lire...

Compte rendu de mission WDC
Quoi : Mission d’exploration des pistes de partenariat et d’identification des sources de financement dans le domaine de l’environnement, spécialement sur l’adaptation aux changements climatiques et (...)

Liens utiles

Accueil > Actualités > Haïti et la justice climatique

Haïti et la justice climatique

Les changements climatiques sont, sur le plan mondial, un phénomène très préoccupant. En effet, toutes les régions du monde sont concernées, car les changements climatiques ne connaissent pas les limites administratives et géographiques (MDE, 2006). De plus, leurs effets sur les écosystèmes naturels sont très néfastes et ils ont de graves répercussions sur les différents secteurs clés des économies des pays. Même la santé et l’éducation ne sont pas épargnées. Aujourd’hui, il paraît définitivement impossible de prévoir ce que seront les changements climatiques et ce qu’ils pourront engendrer sur chaque pays de la terre et mieux, au niveau d’un même pays, sur chaque écosystème, au niveau local, régional et national. Haïti a ratifié, le 18 août 1996, la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) qui vise à « stabiliser… les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique », afin « …que les écosystèmes puissent s’adapter naturellement aux changements climatiques, que la production alimentaire ne soit pas menacée et que le développement économique puisse se poursuivre d’une manière durable » (Nations unies, 1992, p. 6).

« Notons que la majeure partie des gaz à effet de serre émis dans le monde par le passé et à l’heure actuelle ont leur origine dans les pays développés, que les émissions par habitant dans les pays en développement sont encore relativement faibles et que la part des émissions totales imputable aux pays en développement ira en augmentant pour leur permettre de satisfaire leurs besoins sociaux et leurs besoins de développement » (Nations unies, 1992, p.2). En outre, il a été démontré que si les pays développés, par leur production de gaz à effet de serre, sont les principaux responsables des changements climatiques à travers le monde, les Pays moins avancés (PMA), en raison de la faiblesse et de l’instabilité de leur économie, de leur très grande dépendance des ressources naturelles et la portée limitée de leurs services sociaux, sont plus vulnérables aux effets des changements climatiques. Les pays développés, parties de la (CCNUCC), ont décidé non seulement de partager leurs expériences technologiques avec les PMA, mais aussi de les aider financièrement, à travers le Fonds mondial pour l’environnement (FEM), le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), et l’Office fédéral suisse de l’environnement, des forêts et de du paysage (OFSEFP), à développer leur capacité d’adaptation aux variations du climat et aux phénomènes climatiques extrêmes et par conséquent aux changements climatiques.

Aperçu sur les négociations internationales

Les négociations internationales sur les changements climatiques n’ont cessé de prendre de l’ampleur depuis Rio en 1992. Après l’entrée en vigueur du protocole de Kyoto en 2005, une vision à plus long terme s’est imposée avec le plan de Bali en 2007, puis avec la validation à Copenhague en 2009 d’un objectif commun visant à contenir le réchauffement climatique à 2°C. Cancun en 2010 a ensuite permis la concrétisation de cet objectif par la création d’institutions dédiées sur des points clés, dont ceux de l’adaptation, le Fonds vert pour le climat ou le Mécanisme technologique.

La volonté d’agir collectivement et de respecter l’objectif de +2°C s’est traduite par la création en 2011 de la plate-forme de Durban (dite « ADP ») qui a pour mission de rassembler autour de la table tous les pays, développés et en développement, afin de travailler à un « protocole, à un instrument juridique ou à un résultat ayant force de loi » applicable à toutes les parties à la Convention climat de l’ONU. « Le nouvel instrument » devra être adopté en 2015 et mis en œuvre à partir de 2020 : c’est cela que vise Paris 2015. La conférence de Doha en 2012 a entériné l’engagement de plusieurs pays industrialisés dans une seconde période d’engagement du protocole de Kyoto (2013/2020) et a mis fin au mandat de Bali. La conférence de Varsovie en 2013 a permis de franchir une étape indispensable pour parvenir à un accord universel sur le climat à Paris en 2015 : tous les États devront communiquer leurs contributions, c’est-à-dire les efforts qu’ils comptent engager pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre avant la conférence de Paris afin qu’elles soient évaluées au premier semestre 2015. [1]. En marge de la préparation de la Conférence de Paris sur le climat (COP 21) qui doit se dérouler du 30 novembre au 11 décembre 2015, dont l’ambition est d’aboutir à un accord international contraignant sur le climat applicable à tous les pays, afin de maintenir le réchauffement en deçà de 2 °C, la fièvre et le sentiment d’urgence sont palpables. Les communications sur les contributions des États parties prenantes, c’est-à-dire les efforts qu’ils comptent engager pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), sont analysées sans concession, commentées, débattues, diffusées et partagées. Le cinquième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) publié en 2014 prévoyant une hausse des températures de 0,3 à 4,8 % d’ici 2100 a largement contribué à provoquer un électrochoc. On avait besoin de cela afin que les objectifs du développement durable soient pris en compte.

Situation de l’environnement en Haïti

Selon le Programme des Nations unies pour le développement (2014), la proportion des forêts naturelles en Haïti était estimée à 2,6% du territoire en 2010, alors qu’elle représentait 5,6% en 1956. En l’espace d’un demi-siècle, les forêts naturelles du pays ont diminué de 52,6%. Cette diminution couplée à la croissance démographique est due aux multiples facteurs tels que la demande soutenue en bois pour l’énergie et la construction ; l’agriculture et le feu de brousse. L’environnement rural haïtien est en dégradation accélérée, les facteurs les plus directs sont le déboisement et l’érosion. Étant un pays montagneux dont les 2/3 des régions rurales comprennent des pentes de plus de 20%, le pays fait face à une forte érosion. La flore est en train de disparaître par des coupes d’arbres et du défrichage des terres marginales par les communautés locales. Les forêts ne couvrent plus que 1 à 2% de la superficie du pays et 25 des 30 principaux bassins versants sont dénudés (MDE, 2006). Chaque année, environ 1600TM/ha/an de terres fertiles sont érodées (MARNDR, 2010). Le sol est fortement affecté par l’érosion et les zones cultivées sur des terrains inaptes à l’agriculture sont estimées entre 20 et 30% de la surface du pays. En conséquence, durant les dix dernières années, la productivité agricole a décru entre 0,5 et 1,2% par an (MARNDR, 2010). La déforestation représente une sérieuse menace à la durabilité environnementale et met en péril les progrès accomplis vers la réduction de la pauvreté et de la faim tels que prévus par les objectifs du millénaire pour le développement. Des approches plus intégrées entre les secteurs agricole et forestier sont nécessaires pour réaliser des progrès réels et inverser la déperdition des ressources naturelles, dont les forêts. Les approches intégrées comme l’agroforesterie contribuent à respecter les engagements internationaux concernant l’atténuation des changements climatiques, la conservation de la biodiversité et la gestion durable des terres (MPCE, 2007). La vulnérabilité environnementale du pays est par ailleurs exacerbée par le changement climatique bien que notre pays soit un faible émetteur de gaz à effet de serre (GES) et subisse plutôt les effets des choix économiques des pays industrialisés ( 80% des émissions) qui portent une responsabilité historique dans le dérèglement du climat par rapport au taux d’émission de GES mesuré par l’étalon carbone ( CO2 ou gaz carbonique).

Les recherches scientifiques ont en effet mis en évidence de nouvelles tendances au niveau du climat dans les Caraïbes. Les petits États insulaires en développement de la Caraïbe, dont Haïti fait partie, expérimentent déjà les effets adverses du changement climatique : élévation du niveau de la mer et accroissement de la température de la surface de la mer (la mer des Caraïbes s’est réchauffée de 1,5 °C depuis le siècle dernier), fréquence et intensité des cyclones, invasion accrue des espèces non natives ( exemples : poissons géants grands prédateurs des espèces natives, fourmis géantes attaquant les cultures et les humains), crise de l’eau, inondations en cascade des zones côtières, érosion croissante des plages, salinisation des nappes aquifères et estuaires d’eau douce, ainsi que le blanchiment accru des récifs coralliens dans l’ensemble de la région. L’ampleur des catastrophes en série frappant le pays avec leur lot de pertes en vies humaines et de destruction des infrastructures pose la problématique de la gestion des risques et de désastres naturels comme l’un des plus importants et complexes défis environnementaux que la population haïtienne doit affronter en ce début du nouveau millénaire. La question des risques et de désastres naturels doit nous interpeller pour se poser comme le catalyseur d’une prise de conscience de l’urgence des enjeux environnementaux liés à ces processus physiques terrestres aggravés et exacerbés par le changement climatique. La fracture environnementale, la vulnérabilité plurielle aggravée par le changement climatique, à laquelle sont exposées les couches les plus pauvres de la population haïtienne, compromettent donc le développement durable du pays. Si les émissions de GES ont principalement été le fait des pays dits « développés », ces changements se produiront, selon toute probabilité majoritairement dans les pays dits « en voie de développement », ainsi que dans des pays qualifiés de « moins avancés ».

Conclusions

Les solutions à la crise climatique ne viendront pas forcement des pays industriels et des grosses entreprises. Les solutions efficaces et pérennes viendront de ceux qui ont protégé l’environnement comme les peuples indigènes, les femmes, les familles de paysans et d’agriculteurs, les communautés de pêcheurs, les communautés vivant de la forêt, les jeunes et les communautés marginalisées et défavorisées dans le Sud et le Nord du monde. Ces solutions comprennent, entre autres, la réalisation des économies à bas niveau de carbone sans avoir recours aux compensations et à de fausses solutions telles que l’énergie nucléaire et le « charbon propre », tout en protégeant les droits de ceux qui sont affectés par la transition, en particulier les travailleurs, la non-extraction des carburants fossiles. La mise en œuvre de la souveraineté alimentaire et énergétique des peuples, la garantie du contrôle des ressources naturelles par les communautés, la relocalisation de la production et la consommation en donnant la priorité aux marchés locaux constituent aussi des pistes de solutions. Il faut la pleine reconnaissance des droits des peuples indigènes et des communautés paysannes et locales. Que l’énergie propre et renouvelable soit contrôlée démocratiquement. Il faut enfin une conservation des ressources basée sur les droits territoriaux des indigènes et qui promeut la souveraineté des peuples et la propriété publique de l’énergie, des forêts, des semences, de la terre et de l’eau.

Il faut une prise de conscience des élites dans le Nord comme dans le Sud pour mettre fin aux excès de consommation. Encourager l’investissement massif dans les transports publics et assurer l’égalité des sexes en reconnaissant les injustices existantes et en impliquant les femmes dans les processus de décision.

Actualités

Compte rendu de mission WDC
Quoi : Mission d’exploration des pistes de partenariat et d’identification des sources de financement dans le domaine de l’environnement, spécialement sur l’adaptation aux changements climatiques et (...)